Sarkozy nous a promis, alors que la crise faisait ses premières victimes dans l'Hexagone (fermeture d'usines, licenciements, chômage technique...) et que la presse se livrait avec acharnement à conspuer des boucs-émissaires tout trouvés (les vilains banquiers), de moraliser le capitalisme...On sentait l'arnaque derrière des propos tenus par un président amoureux de l'argent et empêtré dans une vision économique et sociale de la réalité, où seuls les meilleurs résistent et méritent d'être récompensés.
Moraliser le capitalisme : un enjeu de petite augure
La crise n'est pas seulement le résultat de mécanismes banquiers défaillants, mais avant tout d'une logique financière qui n'a aucun respect de l'économie réelle, du capital travail et qui ne connaît que peu le fonctionnement et la gestion des entreprises (en dehors de la décapitation des dirigeants qui ne maintenaient pas le taux de rémunération des actions à une valeur élevée). On connaît quelques éléments de base de ce fonctionnement:
- Des demandes folles de dividendes,
- Des fonds de pensions de retraite qui investissaient et désertaient des placements dès que les choix semblaient altérer leurs perspectives actionariales...
- Des crédits hypothécaires financés par des systèmes opaques (particulièrement aux Etats-Unis) masquant la situation difficile des familles les ayant contractés...
Nonobstant désigner à la vindicte populaire le secteur banquier était une tactique facile pour détourner le mécontentement. Mais une telle situation n'aurait pu voir le jour sans le consentement éclairé des gouvernants, sans l'intérêt que nos classes dirigeantes ont montré envers un système qui paraissait s'auto-gérer.
La défaite des hommes et des femmes politiques a été de croire que le secteur de l'économie n'était pas de leur ressort. Or dans leurs réactions, plus ou moins anarchiques, face à la crise, ils disposent d'une palette d'outils qui est extrêmement coûteux d'utiliser en ces temps difficiles, mais qui montrent que l'économie ne devrait pas être laissée sans gouvernance, qu'elle est politique!
Bien loin de nous de prétendre qu'il faille nationaliser toutes les entreprises (à l'image de General Motors, ancien fleuron de l'industrie automobile américaine), rétablir de grands plans quinquennaux de production... Mais d'affirmer que nous ne devons pas laisser les rènes de la diplomatie, de la justice sociale aux mains d'affamés de dividendes, qui n'ont aucune représentativité démocratique.
'Moraliser le capitalisme' constitue à cet égard une jolie expression.
Comme si on allait injecter à haute dose dans un système vicié des valeurs de justice et de solidarité... alors même que toutes les politiques nationales françaises ainsi que les politiques européennes (pour ne s'attarder que sur celles-ci), prônent une libéralisation effrénée des marchés... peu ouverte au développement durable (sauf pour embellir l'image des entreprises.)
Comme si par des mots on allait moraliser les comportements, comme si l'appât du gain allait soudain s'envoler...
Une économie du développement durable: le véritable enjeu
Le terme de développement durable est villipendé. D'aucuns disent qu'il veut tout dire et rien dire. Ils ont tort parce qu'ils tombent en fait dans la rhétorique des entreprises et de nombreux gouvernants qui réduisent ce concept à une "verdisation" de leurs comportements : usage de papier recyclé, baisse de la consommation d'eau.
Mais le développement durable, cela ne se réduit pas à insérer un peu d'environnement par ci par là dans l'action publique ou privée. Cela induit à conjuguer les aspects économiques (qui ont longtemps prévalu) avec une demande de justice sociale et des contraintes environnementales... Très concrètement c'est penser les inégalités non plus seulement en termes sociaux, mais aussi environnementaux... C'est cesser de privilégier dans les choix les facteurs économiques en avançant que les législations environnementales nuisent au développement et à la compétitivité... Au contraire, elles privilégient la durabilité...
Mais faire du "vert" sans penser aux répercussions sociales, c'est aussi une attitude anti-constructive. Il ne s'agit d'augmenter les impératifs environnementaux pour privilégier une fois encore les mieux lotis, mais pour permettre à chacun de vivre dans un espace sain.
Le Grand Paris sera-t-il l'apothéose de la politique non durable de Sarkozy?
La crise devrait être le moment idéal pour remettre en cause notre système économique qui fait fi de la justice sociale et des dégradations environnementales irréparables.
Il n'en est rien. Sarkozy continu
e de promouvoir son libéralisme anti-réglementaire, toujours aussi futile et basé sur des contre-vérités éhontées. Lisons, par exemple, un extrait de son discours sur le Grand Paris :
"Le problème c’est la réglementation. Pour libérer l’offre il faut déréglementer, élever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité du bâti dans les zones denses, permettre à chaque propriétaire d’une maison individuelle de s’agrandir, d’ajouter une pièce ou un étage, rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l’environnement et au risque, utiliser les interstices, les délaissés d’infrastructures… Il faut changer nos procédures, notre façon d’appliquer le droit, sortir du respect passif d’une réglementation de plus en plus pesante, non pour laisser le champ libre au marché mais pour que la ville vive, respire, évolue, se développe en respectant des règles fortes, compréhensibles, efficaces, écologiques. J’ai demandé que soit conduire une réflexion approfondie sur ce changement de philosophie de notre droit de l’urbanisme. Déréglementer c’est aussi en finir avec tous les zonages et pas seulement ceux de la politique de la ville. Il faut en finir avec les zones d’activité, les zones industrielles, les zones commerciales, les zones résidentielles, les zones de loisir. Le vieux fonctionnalisme a vécu." (Discours de N. Sarkozy du 29 avril 2009)
C'est simplement effrayant et affligeant de constater qu'il réduit la règle à une contrainte, alors qu'elle nous a préservé d'une urbanisation anarchique. Il espère par sa déréglementation dégager du foncier! Mais est-ce au prix de la raison, est-ce au prix de l'exposition au risque des plus vulnérables!
Le vieux fonctionalisme qu'il dénonce est dépassé depuis deux décennies!
De son discours-fleuve, beaucoup n'ont retenu que la vision d'un nouveau Paris qui confirmait les grandes lignes du SDRIF et semblait vouloir s'engager dans les investissements pour lesquels l'Etat se montrait jusque-là réti
cent. Mais si avoir un métro péri-parisien serait une avancée incontestable, dilapider les règles d'urbanisme pour exposer les gens au bruit, au risque, pour prôner la surdensité ne peut que nous interroger!
Le pseudo New Deal annonçant à Paris et en province de grands travaux susceptibles de guérir une machine qui tousse sous l'effet de la crise est une gagueure, quand ,de l'autre côté, on déréglemente sans prendre en compte les conséquences sociales et environnementales...
Sarkozy ne veut pas moraliser le capitalisme, il prononce juste les mots que nous voulons entendre en faisant exactement le contraire.
Moraliser le capitalisme : un enjeu de petite augure
La crise n'est pas seulement le résultat de mécanismes banquiers défaillants, mais avant tout d'une logique financière qui n'a aucun respect de l'économie réelle, du capital travail et qui ne connaît que peu le fonctionnement et la gestion des entreprises (en dehors de la décapitation des dirigeants qui ne maintenaient pas le taux de rémunération des actions à une valeur élevée). On connaît quelques éléments de base de ce fonctionnement:
- Des demandes folles de dividendes,
- Des fonds de pensions de retraite qui investissaient et désertaient des placements dès que les choix semblaient altérer leurs perspectives actionariales...
- Des crédits hypothécaires financés par des systèmes opaques (particulièrement aux Etats-Unis) masquant la situation difficile des familles les ayant contractés...
Nonobstant désigner à la vindicte populaire le secteur banquier était une tactique facile pour détourner le mécontentement. Mais une telle situation n'aurait pu voir le jour sans le consentement éclairé des gouvernants, sans l'intérêt que nos classes dirigeantes ont montré envers un système qui paraissait s'auto-gérer.
La défaite des hommes et des femmes politiques a été de croire que le secteur de l'économie n'était pas de leur ressort. Or dans leurs réactions, plus ou moins anarchiques, face à la crise, ils disposent d'une palette d'outils qui est extrêmement coûteux d'utiliser en ces temps difficiles, mais qui montrent que l'économie ne devrait pas être laissée sans gouvernance, qu'elle est politique!

Bien loin de nous de prétendre qu'il faille nationaliser toutes les entreprises (à l'image de General Motors, ancien fleuron de l'industrie automobile américaine), rétablir de grands plans quinquennaux de production... Mais d'affirmer que nous ne devons pas laisser les rènes de la diplomatie, de la justice sociale aux mains d'affamés de dividendes, qui n'ont aucune représentativité démocratique.
'Moraliser le capitalisme' constitue à cet égard une jolie expression.
Comme si on allait injecter à haute dose dans un système vicié des valeurs de justice et de solidarité... alors même que toutes les politiques nationales françaises ainsi que les politiques européennes (pour ne s'attarder que sur celles-ci), prônent une libéralisation effrénée des marchés... peu ouverte au développement durable (sauf pour embellir l'image des entreprises.)
Comme si par des mots on allait moraliser les comportements, comme si l'appât du gain allait soudain s'envoler...
Une économie du développement durable: le véritable enjeu
Le terme de développement durable est villipendé. D'aucuns disent qu'il veut tout dire et rien dire. Ils ont tort parce qu'ils tombent en fait dans la rhétorique des entreprises et de nombreux gouvernants qui réduisent ce concept à une "verdisation" de leurs comportements : usage de papier recyclé, baisse de la consommation d'eau.
Mais le développement durable, cela ne se réduit pas à insérer un peu d'environnement par ci par là dans l'action publique ou privée. Cela induit à conjuguer les aspects économiques (qui ont longtemps prévalu) avec une demande de justice sociale et des contraintes environnementales... Très concrètement c'est penser les inégalités non plus seulement en termes sociaux, mais aussi environnementaux... C'est cesser de privilégier dans les choix les facteurs économiques en avançant que les législations environnementales nuisent au développement et à la compétitivité... Au contraire, elles privilégient la durabilité...
Mais faire du "vert" sans penser aux répercussions sociales, c'est aussi une attitude anti-constructive. Il ne s'agit d'augmenter les impératifs environnementaux pour privilégier une fois encore les mieux lotis, mais pour permettre à chacun de vivre dans un espace sain.
Le Grand Paris sera-t-il l'apothéose de la politique non durable de Sarkozy?
La crise devrait être le moment idéal pour remettre en cause notre système économique qui fait fi de la justice sociale et des dégradations environnementales irréparables.
Il n'en est rien. Sarkozy continu
e de promouvoir son libéralisme anti-réglementaire, toujours aussi futile et basé sur des contre-vérités éhontées. Lisons, par exemple, un extrait de son discours sur le Grand Paris :"Le problème c’est la réglementation. Pour libérer l’offre il faut déréglementer, élever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité du bâti dans les zones denses, permettre à chaque propriétaire d’une maison individuelle de s’agrandir, d’ajouter une pièce ou un étage, rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l’environnement et au risque, utiliser les interstices, les délaissés d’infrastructures… Il faut changer nos procédures, notre façon d’appliquer le droit, sortir du respect passif d’une réglementation de plus en plus pesante, non pour laisser le champ libre au marché mais pour que la ville vive, respire, évolue, se développe en respectant des règles fortes, compréhensibles, efficaces, écologiques. J’ai demandé que soit conduire une réflexion approfondie sur ce changement de philosophie de notre droit de l’urbanisme. Déréglementer c’est aussi en finir avec tous les zonages et pas seulement ceux de la politique de la ville. Il faut en finir avec les zones d’activité, les zones industrielles, les zones commerciales, les zones résidentielles, les zones de loisir. Le vieux fonctionnalisme a vécu." (Discours de N. Sarkozy du 29 avril 2009)
C'est simplement effrayant et affligeant de constater qu'il réduit la règle à une contrainte, alors qu'elle nous a préservé d'une urbanisation anarchique. Il espère par sa déréglementation dégager du foncier! Mais est-ce au prix de la raison, est-ce au prix de l'exposition au risque des plus vulnérables!
Le vieux fonctionalisme qu'il dénonce est dépassé depuis deux décennies!
De son discours-fleuve, beaucoup n'ont retenu que la vision d'un nouveau Paris qui confirmait les grandes lignes du SDRIF et semblait vouloir s'engager dans les investissements pour lesquels l'Etat se montrait jusque-là réti
cent. Mais si avoir un métro péri-parisien serait une avancée incontestable, dilapider les règles d'urbanisme pour exposer les gens au bruit, au risque, pour prôner la surdensité ne peut que nous interroger!Le pseudo New Deal annonçant à Paris et en province de grands travaux susceptibles de guérir une machine qui tousse sous l'effet de la crise est une gagueure, quand ,de l'autre côté, on déréglemente sans prendre en compte les conséquences sociales et environnementales...
Sarkozy ne veut pas moraliser le capitalisme, il prononce juste les mots que nous voulons entendre en faisant exactement le contraire.
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